Comment je suis devenu conseiller pédagogique à l’université

Conseiller pédagogique à l'université Lyon 1 Claude-Bernard depuis janvier 2010, Basile Bailly aide les enseignants à renouveler leurs pratiques. // © Photo fournie par le témoin
Portrait de Pros : L’Etudiant.fr / Sophie Blitman Publié le /Conseiller pédagogique à l’université Lyon 1 Claude-Bernard depuis janvier 2010, Basile Bailly aide les enseignants à renouveler leurs pratiques. // © Photo fournie par le témoin

C’est un nouveau métier, qui émerge depuis quelques années dans les établissements d’enseignement supérieur : Basile Bailly, 31 ans, est conseiller en pédagogie universitaire à Lyon 1 Claude-Bernard. Sa mission ? Accompagner les enseignants pour les aider à renouveler leurs pratiques afin de mieux les adapter aux étudiants.

Il n’est pas prof, ni prof pour les profs. Pour Basile Bailly, le rôle du conseiller pédagogique est davantage celui d’un accompagnateur : « Ma mission est de travailler aux côtés des enseignants pour trouver ensemble des réponses à leurs questionnements et des manières différentes de faire cours, toujours dans le but de mieux faire réussir les étudiants. En aucun cas je ne leur prescris des solutions toutes faites. Cette position est fondamentale », insiste le jeune homme de 31 ans.

« J’accompagne les enseignants dans leur développement professionnel »

Voilà 6 ans que Basile a intégré l’équipe du service Icap (Innovation, conception et accompagnement pour la pédagogie) de l’université Lyon 1 Claude-Bernard, où il s’attache donc à « accompagner les enseignants dans leur développement professionnel ».

Au quotidien, le conseiller pédagogique conduit desateliers de formation qui rassemblent quelques dizaines d’enseignants volontaires, autour de thématiques diverses : mettre en place un travail en groupe, animer une classe inversée, renforcer la motivation des étudiants…  « L’objectif est de sensibiliser les enseignants et de les inciter à échanger sur leurs pratiques pédagogiques », résume le conseiller, qui anime également des « focus groupes », notamment autour de l’évaluation des cours par les étudiants. « On essaie de croiser les regards et de voir comment utiliser au mieux les outils que sont les questionnaires papier ou en ligne. »

Mais les relations avec les enseignants ne se limitent pas à ces temps d’échange organisés : « On reste disponible et on travaille aussi un peu à la demande« , souligne Basile. Les discussions peuvent alors être plus informelles. « Parfois, on aborde juste un point précis, mais cela peut déboucher sur des projets de long terme. » Comme avec cet enseignant venu au départ à l’Icap parce qu’il trouvait que ses étudiants n’étaient pas assez actifs en cours. « De fil en aiguille, raconte Basile, on a construit ensemble des séances et des évaluations, en prenant en compte le retour des étudiants. Et finalement, on a travaillé à la mise en place d’une classe inversée. »

Ce type de collaboration lui apporte une vraie satisfaction : « Les enseignants prennent du plaisir, ils sortent d’une routine dans laquelle ils sont parfois installés, se réjouit Basile, très attaché à la dimension humaine de son métier, au cœur duquel il place les valeurs d’écoute, de respect et de bienveillance. Les enseignants partagent aussi avec lui les retours des étudiants, qui apprécient de les voir s’investir dans des projets pédagogiques. « C’est très valorisant de voir que les premiers concernés sont contents ! En tant que conseiller, on est un peu dans l’ombre mais ce positionnement me plaît. »

« Je n’avais pas de projet professionnel défini, mais un profond intérêt personnel ! »

Basile Bailly conseiller pédagogique à l'université Lyon 1 Claude-Bernard

Si Basile est aujourd’hui bien installé dans son poste, son parcours de formation est loin d’avoir été linéaire. Après son bac ES, il se lance dans une licence d’éco-gestion, la voie classique pour un élève de sa filière, « pas trop mauvais en maths ». « J’ai suivi ce que me disait la conseillère d’orientation, mais cela ne me correspondait pas. » Rapidement, l’étudiant laisse tomber la macro et la micro-économie pour n’assister qu’aux cours d’anglais, en parallèle d’un job étudiant. Soucieux cependant de mettre à profit cette année pour mieux réfléchir à ses études, Basile va suivre quelques cours avec des amis inscrits dans d’autres filières, notamment en sociologie et en anthropologie. Des domaines qui lui plaisent beaucoup plus que l’éco-gestion.

C’est ainsi qu’il s’engage dans une double licence d’anthropologie et de sciences de l’éducation, « sans projet professionnel défini, mais guidé par un profond intérêt personnel ». Ce qui motive Basile ? L’ouverture d’esprit qu’apportent ces deux disciplines : « L’anthropologie suscite une réflexion sur les sociétés et les invariants de l’être humain, quel que soit le contexte dans lequel il évolue, tandis que les sciences de l’éducation proposent des approches variées autour d’un même sujet, en piochant dans d’autres sciences comme la sociologie, les sciences cognitives ou la psychologie. »

« Ma stratégie a consisté à mettre un pied dans le monde du travail »

Reste que cette double licence est assez généraliste. En master, il a fallu faire un choix, et Basile décide de se spécialiser dans les sciences de l’éducation. Ayant entendu parlé de l’Iredu, l’institut de recherche sur l’éducation de l’université de Bourgogne, il postule à Dijon et intègre un M1 adossé à ce laboratoire. Là, il travaille notamment sur la réussite des étudiants de première année, en fonction de leur capital culturel et économique.

L’année suivante, il entame un M2 recherche au cours duquel il rencontre des conseillers pédagogiques de l’université Lyon 1 Claude-Bernard, qui lui proposent un stage dans leur service : ce sont ses premiers pas à l’Icap. Le projet ne cadre pas avec sa formation, mais Basile fonce : « J’ai choisi la stratégie consistant à mettre un pied dans le monde du travail. » Un pari gagnant puisqu’il est embauché, en janvier 2010. Il a 25 ans, son M2 attendra.

« J’ai laissé passer quelque temps, puis, quand j’ai été davantage installé dans ma pratique professionnelle, des questions ont émergé qui m’ont donné envie de me réinscrire à la fac. » Tout en continuant à travailler, le jeune homme valide son M2 à distance en 2014. « Reprendre ses études avec une expérience professionnelle est vraiment enrichissant, estime aujourd’hui Basile, qui ne regrette pas du tout cette parenthèse. « Certains cours, notamment en économie, me semblaient un peu éloignés de ma pratique de terrain, mais mon travail de recherche résonnait clairement avec mon activité et des questions que je me posais au quotidien. »

« Notre démarche ne repose pas que sur des intuitions, mais sur des travaux de recherche »

Aujourd’hui, Basile continue d’apprendre, via notamment le réseau Pensera (Pédagogie de l’enseignement supérieur en Rhône-Alpes), qui réunit une fois par mois des conseillers pédagogiques de la région. Outre le fait que des projets inter-institutions peuvent naître de ces rencontres, « cet espace permet de se développer professionnellement », apprécie-t-il.

En outre, les recherches en pédagogie se répandent, ce qui ouvre la « possibilité de participer à des colloques où l’on rencontre des collègues d’autres pays ». Et Basile de souligner l’importance de se fonder sur la recherche  : « Les enseignants-chercheurs sont sensibles à la démarche scientifique, au fait que notre démarche ne repose pas sur des intuitions, mais sur des travaux de recherche. »

« Au départ, ce n’était pas évident d’être bien identifié, car c’est un métier nouveau »

C’est ainsi que les conseillers pédagogiques se sont peu à peu fait leur place dans le paysage universitaire. Depuis quelques années, le numérique a également fait ressortir des besoins de formation des enseignants. Cependant, « les nouvelles technologies sont seulement un outil au service de la pédagogie, que l’on mobilise ou pas, en fonction d’un contexte », insiste Basile. Si ses missions sont aujourd’hui clairement reconnues au sein des différentes composantes de l’université, « au départ, ce n’était pas évident d’être bien identifié, admet-il, car il s’agit d’un métier nouveau« .

Si de nombreux établissements font désormais appel à des conseillers pédagogiques – parfois appelés « ingénieurs » pédagogiques –, « souvent, les fiches de poste n’ont pas de contours bien définis, et il n’existe pas, pour l’heure, de formation dédiée. Ce qui n’empêche pas de plus en plus de personnes de remplir ces missions », observe Basile. Avec un avantage : cette souplesse inhérente aux nouveaux métiers, où tout est à construire.

Comment devenir conseiller pédagogique

Comme souvent dans le cas des nouveaux métiers, il n’existe pas de formation spécifique menant à celui de conseiller pédagogique. Néanmoins, un master en sciences de l’éducation semble le chemin le plus approprié pour acquérir les compétences en didactique, psychologie, histoire et sociologie de l’éducation…
D’après Joëlle Demougeot, présidente de la section française de l’association internationale de pédagogie universitaire, la formation la plus pertinente serait le master MEEF (« Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation ») que dispense l’Espé (École supérieure du professorat et de l’éducation) de Toulouse. Intitulée « conseil et ingénierie pour l’enseignement supérieur », cette formation interdisciplinaire mêle sciences de l’éducation, psychologie de l’apprentissage et Tice (technologies de l’information et de la communication pour l’éducation).

Le parcours de Basile en 6 dates

 

2003 : bas ES, à Bourg-en-Bresse
2007: double licence sciences de l’éducation-anthropologie, à Lyon
2008 : master 1 « Analyse des systèmes éducatifs », à Dijon
2009 : stage à l’Icap , à l’université Lyon 1 Claude-Bernard
2010 : conseiller pédagogique à l’Icap
2014 : master 2 « Recherche en sciences de l’éducation », à distance, à Dijon

Le lien de l’article : http://www.letudiant.fr/metiers/metiers—portraits-de-pros/comment-je-suis-devenu-conseiller-pedagogique-a-l-universite.html

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