Travailler en start-up : cinq choses à savoir pour relativiser le côté « cool »

La start-up : un univers pas toujours si "cool"... // © plainpicture/Maskot

Les start-up ont le vent en poupe… Moindre hiérarchie, convivialité, souplesse et innovation sont généralement associées à ces entreprises pas comme les autres. Un modèle attractif à bien des égards, mais dont il vaut mieux connaître les limites. Décryptage en cinq points de vigilance.

À en juger par le nombre d’événements organisés sur le thème, la start-up serait le nouvel eldorado professionnel pour les jeunes diplômés. Fini les organigrammes descendants, exit les exigences ahurissantes en termes d’expérience. Place à l’autonomie, la confiance, l’innovation ! Dans ce paysage idéalisé, des voix sceptiques ou contraires se font néanmoins entendre. Celle de Mathilde Ramadier, jeune française expatriée à Berlin, a fait l’effet d’un détonateur : dans son livre « Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j’ai survécu à la coolitude des start-up » (éditions Premier Parallèle, 2017), la jeune femme brosse un tableau sans concession de ces entreprises nouvelle génération.

Pour elle, comme pour d’autres, le nouveau modèle de travail prôné par les start-up ne serait que le cache-misère de la précarité version 2017. Force est de constater a minima, en partant des témoignages de salariés, que le modèle comporte des risques qu’il vaut mieux garder à l’esprit avant de se lancer. Tour d’horizon.

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1. Une ambiance conviviale à double tranchant

Pas de start-up sans que travail ne rime avec convivialité : que ce soit dans l’organisation concrète ou le fonctionnement, tout est fait a priori pour rendre le travail plus doux. « À mon arrivée, j’ai trouvé les locaux très agréables. Il y avait de la nourriture à volonté ou presque pour le petit déjeuner, une console Wii et d’autres jeux, et même une salle de sieste. Cela ressemblait à une énorme coloc », témoigne Julie, 25 ans, designeuse, sur sa première expérience de start-up, lors d’un long stage.

Inspiré du modèle américain, toujours d’actualité chez un Google ou un Facebook à travers le monde, l’aspect convivial (ou la « coolitude » selon Mathilde Ramadier) se double souvent d’unefamiliarité entre collègues : « Tout le monde se tutoie tout de suite, quelle que soit l’ambiance », pointe Pedro, 25 ans, employé pendant un an dans une start-up de fitness pour rédiger des contenus. « Il y avait des pots après le boulot quasi systématiquement, certains organisaient aussi des foots, se souvient Julie. La familiarité s’impose d’autant plus que les équipes sont jeunes. Mon boss avait un an de moins que moi ! »

Une ambiance relax qui peut s’avérer à double tranchant. « Il est assez difficile de faire respecter sa vie privée ou ses choix dans cette situation. Moi, j’avais décidé de ne plus boire d’alcool, et tout le monde me faisait des réflexions à chaque pot !, prévient Charlotte, 26 ans, passée comme « office manager » par deux start-up, l’une de jeux vidéo, l’autre de nouvelles technologies. Il faut garder malgré tout un certain professionnalisme. » Séparer vie personnelle et vie professionnelle relèverait donc ici du défi.

2. Des repères inversés

Que vous soyez déjà passé par une entreprise traditionnelle ou non, vous avez sans doute une idée de ses codes. La plupart des start-up développent des pratiques qui prennent précisément ces codes à rebours. À commencer par le recrutement. « Certaines entreprises organisent des réunions avec l’équipe quand elles vous recrutent, pour voir si ‘ça colle’ avec les autres salariés, explique Charlotte. Il faut bien veiller à parler avec toutes les personnes qui sont là. Cela permet de se faire une idée des caractères et des pratiques à l’œuvre, même si elles ne sont pas toujours représentatives de l’équipe. »

L’entretien d’embauche, sous des dehors parfois classiques, se traduit aussi par une inversion des rôles : « Pour décrocher mon stage, on m’a demandé de ‘pitcher‘ l’activité de la boîte« , se souvient Julie. Je devais décrire de façon synthétique ce que faisait la start-up et ses valeurs. On ne m’a posé aucune question sur moi ! »

Quand il n’a plus voulu de moi, le patron m’a envoyé un simple SMS !

Autre point de repère souvent mis à mal : l’organigramme. « Il est trèstrès difficile de savoir qui fait quoi exactement, qui est responsable de quoi« , témoigne Charlotte. Ne comptez donc pas sur l’organigramme, et rapprochez-vous des salariés qui gèrent le personnel. Ils pourront (peut-être) vous aiguiller.

De façon extrême, le manque de structure peut être synonyme d’abus dans l’application du droit du travail. « Après mon stage, j’ai été payé pour réaliser les mêmes missions comme micro-entrepreneur, un statut qui m’autorisait à bosser pour d’autres, mais de fait je devais être au bureau tous les jours, raconte Pedro. Quand il n’a plus voulu de moi, le patron m’a envoyé un simple SMS ! Il a finalement refait appel à moi, mais ne m’a jamais payé. J’ai bossé gratuitement pendant quatre mois. »

3. Des horaires extensibles

Si de tels abus ne sont pas la règle, sur la question des horaires, les témoignages convergent pour dire que souvent, dans les start-up, il n’y en a pas ! « J’ai un rythme de travail épuisant. Je fais 45 heures par semaine, souvent de façon décalée car je travaille avec les États-Unis, explique Charlotte. Il y a un jeu de culpabilisation entre collègues, c’est à qui reste le plus tard, se donne le plus. Je pense qu’avec l’âge, on n’a plus envie de cela au bout d’un moment. » « J’ai vu deux fois des cadres craquer complètement à cause du surmenage. Les délais de rendu étaient tellement serrés, on a l’impression d’être en retard en permanence« , renchérit Julie.

Les horaires extensibles à l’infini peuvent aussi rimer avec personnel corvéable à merci, si vous ne faites pas attention. « Chez mon premier employeur, il y avait un chat dans les bureaux. J’habitais à côté, je me suis retrouvée à nourrir l’animal les week-ends, se rappelle Charlotte. Une fois que vous dites oui, c’est difficile de retourner en arrière. » Julie, elle, si elle reconnaît avoir eu très vite des responsabilités importantes alors qu’elle n’était que stagiaire, se souvient avoir donné de sa personne. « Rien n’était fourni par l’entreprise.C’était à moi de courir dans tout Paris pour aller chercher le matériel dont j’avais besoin pour travailler ! Sans parler de l’ordinateur : je devais venir avec le mien au bureau. » Pedro, de son côté, a dû plusieurs fois payer de sa poche des courses en taxi liées à son travail : « il n’était jamais question de notes de frais ! »

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Côté salaire et avantages sociaux, pas toujours facile non plus de s’y retrouver : beaucoup de start-up emploient des personnes sous différents statuts (salarié, micro-entrepreneur), auxquels s’ajoutent de nombreux stagiaires. Une variété de situations sur laquelle se greffe parfois une application floue des droits qui vont avec. « Je suis la seule aux 35 heures, les autres sont des cadres à 38,5 heures », témoigne Charlotte. Les RTT ne sont accordés qu’à certains, et on ne sait pas trop comment ! Il n’y a aucune transparence sur les écarts de salaire, qui sont très importants pour un même statut. »

Pour la jeune femme, qui estime qu’on peut tirer profit du modèle start-up si on est avisé, cette sorte « d’anarchie » a au moins une vertu : « on apprend très vite à se défendre tout seul si on souhaite quelque chose. Au final, c’est très formateur ! Les responsabilités nousfont aussi beaucoup progresser. À l’arrivée, il y a tellement de start-up que, si cela ne nous convient pas, il ne faut pas hésiter à s’en aller et à se faire embaucher ailleurs. »

4. Sous les valeurs, la pression ?

Structures de petites tailles, les start-up sont par définition des entreprises en développement. Une fragilité économique bien réelle, et qui peut peser au quotidien sur les salariés. « Il était souvent question du risque de faillite. On nous disait que nous portions l’entreprise, se souvient Julie qui n’était que stagiaire. Ceux qui avaient de l’ambition prenaient vite des responsabilités. Ce climat poussait à une compétition non-dite. »

Les deadlines irréalistes peuvent aller de pair avec cette réalité. « J’avais l’impression de phases de rush qui ne prenaient jamais fin« , poursuit la jeune femme. « Le système poussait les gens à se surveiller les uns les autres, le tout dans un climat de grosse pression. En trois mois, j’ai dû boucler un bouquin entier tout en continuant à écrire des articles et chroniques… Je ne tenais pas le coup. Je suis tombé accroc à la codéine (un analgésique narcotique),presque avec la bénédiction de mon patron, raconte Pedro. L’expérience start-up dépend vraiment des gens sur qui vous tombez. J’ai eu la chance d’avoir des collègues qui sont devenus des amis face à un patron tyrannique. »

On nous répétait toujours ‘Pense à Apple !’ quand il y avait un coup de stress

Pas nécessaire de vivre une situation aussi extrême pour constater que la pression est souvent camouflée dans un discours entretenant le mythe de l’entreprise idéale, symbolisée par celles de la Silicon Valley, en Californie. « On nous répétait toujours ‘Pense à Apple !’ quand il y avait un coup de stress », témoigne Julie. « J’évoluais dans un univers glamour lié à la télé, les patrons parlaient toujours avec des anglicismes qui donnaient le ton », raconte Pedro.

Au nom de ces valeurs, c’est finalement une grande capacité d’adaptation qui est demandée à ceux qui travaillent dans une start-up. L’instabilité économique se double souvent d’un turnover important ou de réorganisations internes ou matérielles. « J’avais tout le temps de nouveaux collègues. Mon bureau a été plusieurs fois changé de place en quelques mois. Cela peut être déstabilisant », souligne Julie. « Je me suis rendu compte qu’à mon poste, ma charge de travail augmente mais il n’y a aucune possibilité d’évolution, notamment salariale, explique Charlotte. Les structures ne sont pas très mûres. Passer d’une start-up à l’autre permet d’évoluer. »

5. Ultra-connectés

Dernier point de vigilance : l’usage des technologies de communication. Rares sont en effet les start-up qui ne recourent pas à des logiciels et applis de tchats ou tout simplement aux réseaux sociaux pour créer du lien entre les salariés. « Le risque, c’est d’être en tchat permanent, d’être tout le temps sollicité par des notifications, pointe Julie. De retour de week-end, on me demandait si j’avais vu ce que tel collègue avait posté sur son wall, ou pourquoi je n’étais pas sur What’s App. »

« Pour beaucoup, les applis sont un moyen de nous avoir toujours à disposition. J’ai râlé une fois, et mes chefs ont compris », raconte Charlotte. Attention donc à ne pas vous laisser piéger par les mails tardifs ou les sollicitations hors des heures de bureau. Un conseil qui vaut aussi pour les moments que vous passez au travail. « La start-up où j’étais stagiaire avait la maladie du feedback. Après chaque réunion, il fallait remplir des formulaires en ligne, cela prenait un temps fou… Il faut savoir prioriser sinon on ne s’en sort pas. » Vous l’aurez compris, pour bien vivre l’expérience start-up, il faut s’accrocher et bien connaître ses limites ! Comme dans une entrepise classique… mais en accéléré.

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